Vus et lus en 2026
Films
Aussitôt vu aussitôt oublié. Le précédent, qui n’était pas bien meilleur, avait au moins une scène brillante (l’accident de train à la limite d’un Final destination) qui lui permettait de se faire une petite place dans ma mémoire.
Le documentaire est plutôt sympatoche avec cet objectif louable de mettre en lumière des vies prolétaires en parasitant l’aura médiatique d’une figure de la télévision bolloréenne. Il se termine en une queue de poisson là aussi salutaire pour des questions de morale (au bon sens du terme) en lien avec la guerre à Gaza, au détriment de la qualité formelle. Pas très grave.
Des soignants et étudiants en médecine belges participent à des ateliers d’improvisation afin d’apprendre à transmettre les bonnes informations, souvent difficiles à entendre, à leurs patients en souffrance. L’étrangeté du dispositif n’empêche pas l’émergence d’émotions troublantes, dans un système hospitalier qui donne à ses agents des missions contradictoires.
Jusqu’ici plutôt friand des documentaires de Sébastien Lifshitz, j’ai trouvé celui-ci assez peu inspiré. Le personnage que l’on suit a beau avoir eu un parcours étonnant (anciennement un jeune homme gay devenu acteur porno hétéro dans les années 70), ça n’en fait pas pour autant un bon catalyseur de l’énergie d’une époque révolue.
Le film est disponible un temps sur Arte.fr et Youtube.
Quand je ne vais pas bien, je revois Melancholia. Notamment pour l’idée nihiliste défendue par Justine (jouée par Kirsten Dunst), dont le personnage omniscient décrit un univers vide, sans vie, rendant celle sur Terre – et donc sa destruction – totalement vaine. Ça m’apaise.
Dreams est un film à thèse par excellence, dont on devine la fin dès le début pour peu qu’on connaisse le cinéma un peu lourdaud de Michel Franco. Le premier film que j’ai vu de lui, Después de Lucía (2012), reste à mes yeux son meilleur.
Très joliment désigné « film de Laurent Cantet réalisé par Robin Campillo », en raison du décès du premier, Enzo donne hélas l’impression d’un court-métrage étiré en long. Pas mauvais, mais est-ce que ça valait vraiment le coup ?
Un survival, ni vraiment horrifique, ni vraiment drôle, reprenant étonnamment le pitch et le twist de la Palme d’Or Triangle of Sadness, sans plus de réussite.
Un joli film indé pour deux raisons, rares selon moi : déjà parce qu’il raconte les violences sexuelles non pas par le prisme d’un combat à mener mais comme ce que vivent beaucoup de victimes : un parcours de survie. Il n’y a pas d’héroïsme, pas d’action en justice, pas de courage particulier.
Ensuite parce que c’est aussi un film sur l’amitié et son importance primordiale dans nos vies quand elles vacillent. Ce qui est très rarement filmé, ou même écrit.
Les Oscars ne valent plus grand chose depuis très longtemps maintenant, sauf peut-être encore un peu pour sa compétition de documentaires, qui sélectionne des films plus ambitieux que le reste des catégories complètement indigentes. No other land a reçu cet Oscar du meilleur documentaire en 2025, dans un pays où il n’a pas été distribué ; mise en lumière bienvenue pour un sujet au combien important : la colonisation intensive de la Cisjordanie par Israël. Le film suit particulièrement un jeune palestinien ayant grandi dans une famille de militants défendant leur droit à rester dans une région occupée par Tsahal, qui devient ami avec un jeune israélien qui prend fait et cause pour eux. Mais leur amitié est asymétrique, le premier étant privé de tous les droits et libertés quand l’autre peut passer les checkpoints pour rentrer dormir confortablement chez lui le soir, à quelques kilomètres de là.
Le film est important pour la mise en images – éprouvantes – de la colonisation, de la mise sous pression continue et allant crescendo des populations palestiniennes par Israël, de l’ignominie des méthodes employées par Tsahal, ainsi que dans le timing de sa sortie, en plein guerre à Gaza et son invisibilisation de ce qu’il se passe depuis des décennies en Cisjordanie.
Ceci dit, je suis plus circonspect sur la valeur intrinsèque du documentaire qui manque à mes yeux d’un peu de rigueur et, si je peux me permettre, d’émotion (notamment sur la prétendue relation amicale entre les deux protagonistes principaux), tant tout semble cadré par la motivation militante.
Il y a quelques mois sortait Put your soul on your hand and walk (2025) de l’Iranienne Sepideh Farsi qui filmait littéralement son smartphone pour enregistrer les conversations qu’elle partageait avec une jeune femme photographe palestinienne, Fatma Hassona, prisonnière du siège de Gaza. Les échanges entre les deux femmes, l’étrangeté du dispositif, son absurdité, soulignaient dans la forme même la condition des gazaouis, et la naissance d’une amitié empêchée. C’était autrement plus fort, sur des thématiques cousines.
Impossible de ne pas préciser ici que Fatma Hassona a été assassinée, spécifiquement visée par un tir de missile israélien au lendemain de l’annonce de la sélection du film à Cannes, la tuant elle ainsi qu’une dizaine de ses proches.
Je ne suis pas particulièrement friand de cinéma d’animation, mais Flow avait une telle réputation que je me suis forcé à le voir. Et puis ça a un peu été la douche froide. Déjà je trouve le film assez moche. Bon, c’est n’est pas très grave. Mais en plus de ça j’ai l’impression de voir une sorte de version non jouable d’un jeu vidéo indé comme il en sort à la pelle – qui ont d’ailleurs assez régulièrement du succès – comme Gris ou Journey ou d’autres productions muettes, avec une bande son planante, des personnages mignons, un monde corrompu par une force destructrice et des énigmes pas trop compliquées à résoudre. Autant ça peut être fun à jouer, autant en spectateur impotent c’est trop pour moi.
J’avais raté Le rire et le couteau au cinéma, il faut dire rebuté par sa durée (3h31 dans sa version courte !). Et puis j’en ai entendu dire tellement de bien que FOMO, j’ai craqué, et je l’ai lancé chez moi, néanmoins persuadé que jamais je ne tiendrai devant un petit écran. Et puis la magie opère, on tombe sous le charme et jamais on ne s’ennuie. Le réalisateur s’attaque au néo-colonialisme dégoulinant sur la Guinée-Bissau, inondée de projets d’associations et d’expats européens, bien peu intéressés par les besoins réels des habitants. Le héros, bisexuel, découvre en parallèle une petite communauté LGBT locale et enchaîne les faux-pas malgré une volonté – évidemment – bienveillante (à claquer).
L’un des meilleurs films que j’ai vus depuis longtemps.
Je n’avais rien vu (pas même l’affiche) du film et n’en savais que deux choses : qu’il s’agissait de l’adaptation d’un fait divers et que le film était très court (1h08).
Je ne connaissais pas les films précédents de Jérôme Reybaud, ni les films de Vecchiali (à ma grande honte) dont il se réclame. Je découvre donc ce cinéma fauché, cette image assez brute, saturée, et cette direction d’acteurs anti-naturaliste qui est à la fois amusante et crispante. Je me suis rassuré en me disant que justement le film était court et que je pouvais supporter ça sur une telle durée.
Pour ce qui est du fait divers, je dois bien dire que j’ai séché pendant une grande partie du film – alors même que c’était mon jeu d’essayer de deviner de quelle affaire il s’agissait – jusqu’à me souvenir vers la fin d’un fameux extrait (attention spoiler) de Faites entrer l’accusé particulièrement sordide. Et c’est précisément parce qu’il sait être soudainement sordide et macabre alors même qu’il se voulait jusqu’ici assez guilleret que le film réussit finalement plutôt son pari. Le dispositif de contraste est évidemment un peu facile mais il fonctionne. Dans le fond, je suis toujours assez content que ce genre de films fragiles existe toujours.
J’ai parlé dans ma playlist de la chanson Sea song de Robert Wyatt. Celle-ci est le premier titre de l’album Rock bottom du chanteur britannique dont la réalisatrice de ce dessin animé espagnol María Trénor met en image une genèse volontiers mensongère, piochant des éléments biographiques de Wyatt pour les modeler à sa sauce, comme ça l’arrange. C’est assez amusant au début, bien que déstabilisant, mais rapidement je me suis ennuyé tant le psychédélisme, le surréalisme, le dadaïsme sont des esthétiques qui ne me touchent pas. Ses choix sont presque trop évidents pour aborder cet album, c’est finalement assez attendu. Reste malgré tout la bonne idée d’un découpage et un montage très cuts assez étonnants pour un film d’animation.
Un série B de facture honnête, avec deux acteurs (Brian Cox et Emile Hirsch) bons et convaincants dans ce quasi huis-clos. Ce tandem fonctionne étonnamment avec un troisième personnage, pourtant inerte : le cadavre qu’ils autopsient, auquel on revient systématiquement. Le dispositif, qui tient la moitié du film, pourrait lasser, mais la jeune femme est censée avoir subi tellement de sévices qu’on perçoit dans la mise en scène beaucoup de compassion envers elle ; ou peut-être est-ce tout simplement notre projection sur ces plans là qui créent par eux-mêmes cette émotion ? J’ai trouvé ça assez beau.
J’avais bien aimé Oddity, le précédent film d’horreur de l’Irlandais Damian McCarthy. Ce n’était pas parfait, c’était foutraque, mais ça m’avait foutu la frousse, ce qu’on demande prioritairement à ce type de films.
Hokum commence mal avec un personnage principal extrêmement antipathique (jusqu’au bout du film), joué par Adam Scott que je n’aime pas beaucoup. S’ajoutent à ça des dialogues par moment vraiment mauvais et un recours à des techniques d’horreur franchement déplaisantes (des jump scare à la pelle et des effets déjà vus franchement fatigants, du style reflets dans la télé etc). Surtout, le film ne sait pas ce qu’il raconte : le héros a un trauma à digérer, mais celui-ci n’a aucun rapport avec ce qu’il vit dans cet hôtel et la résolution du film n’a finalement que peu à voir avec le schmilblick.
Quand je vois un film comme ça, je me demande souvent ce qui pousse tous ceux qui bossent dessus à aller au bout de l’entreprise. C’est pas foncièrement catastrophique – c’est loin d’être le pire film de l’année – mais ça n’a tout simplement aucun intérêt et on le sent tout de suite : à quoi bon passer deux ans dessus ? Pour le spectateur, 1h41.
Si Un poète a une qualité qui saute aux yeux, c’est celle de réussir à camper des personnages en quelques plans et quelques répliques. Le début du film donne de ce fait une impression de démarrer sur les chapeaux de roues. L’efficacité de l’écriture et le montage énergique m’ont enthousiasmé pendant une bonne grosse moitié, même si je me suis mis à craindre une sorte de Will hunting colombien quand j’ai compris que notre anti-héros poète alcoolique allait tenter de se racheter en aidant à s’épanouir une jeune fille pauvre et douée.
Le film évite cet écueil misérabiliste là mais fonce ensuite hélas dans une vision très cynique du monde, qui n’affleurait pourtant pas précédemment. Tout à coup la plupart des personnages secondaires devient assez détestable : les collègues sont lâches, les étudiants ridiculement woke, et la famille de la gamine est friande de drama, manipulable et corruptible.
Prix du jury Un certain regard à Cannes 2025, le film vaut quand même le coup d’œil, notamment pour son interprète principal non professionnel Ubeimar Rios.
J’ai toujours un a priori positif pour les films de Salvadori, qui réalise pour moi (et je pense aux yeux d’à peu près tout le monde) le haut du panier des comédies françaises. Il a quelques petites merveilles à son actif (Les apprentis en 1995, Hors de prix en 2006, notamment), d’autres films plus inégaux mais charmants (En liberté ! 2018, De vrais mensonges en 2010). J’avais aussi vraiment beaucoup aimé sa très noire comédie enfantine La petite bande (2022), qui précédait donc cette Vénus électrique.
Celle-ci met étonnamment pas mal de temps à se lancer. Le début est assez laborieux pour expliquer une arnaque pourtant pas si compliquée. Quelque chose ne fonctionne pas tout de suite, à tel point que les comédiens ne semblent pas très justes, alors même que lorsque le film prend enfin un certain rythme de croisière, on retrouve toute la patte de son réalisateur, tant dans l’écriture des dialogues que dans la direction d’acteurs généralement impeccables.
Je pense qu’il y a un certain manque de définition des motivations du personnage d’Anaïs Desmoustier qui ne se révèle pas appâtée que par l’argent dans l’affaire. Une écriture un peu plus fine aurait peut-être resserré les enjeux autour d’elle, et éveillé l’intérêt un peu plus tôt.
Heureusement le film finit bien mieux qu’il ne commence (à l’aide de quelques raccourcis, certes) et sait se montrer assez émouvant à plusieurs moments. Plutôt agréable.
Mr. Nobody against Putin (je mets le lien vers le film sur Arte.tv, mais ils le diffusent avec une horrible version doublée en français ; je conseille de le voir en VOST si possible) fait partie de ces films dont les participants ont risqué leur liberté ou leur vie pour les mener à bien. Je pense, parmi les plus connus, à Citizen Four de Laura Poitras sur Edward Snowden en 2014 ; à For Sama de Waad El-Kateab et Edward Watts en 2019 sur le siège d’Alep pendant la guerre civile syrienne et le travail des médecins de l’hôpital de la ville ; à Put your soul on your hand and walk de Sepideh Farsi en 2025 dont j’ai parlé plus haut à la note 39 (pour No other land).
Dans ce documentaire russe, le réalisateur est un animateur proche de ses élèves dans un lycée d’une petite ville de l’Oural, chargé par sa direction de documenter la bonne application des nouvelles règles patriotiques instaurées dans le pays lors du commencement de « l’opération spéciale russe » en Ukraine à partir de 2022.
Ce qui est assez intéressant est comment Pavel Talankin profite justement des besoins de la propagande russe en images pour en détourner la finalité et porter une charge violente contre un Etat prêt à tout pour endoctriner sa population et en premier lieu sa jeunesse, chair à canon en devenir.
La prise de risque, énorme, est mise en avant dès la première scène, de manière néanmoins habilement mensongère. Talankin vit néanmoins depuis en exil et a été mis sur la fameuse liste des « agents de l’étranger » du Kremlin.
Le palmarès de Cannes 2026 vient de récompenser du Grand Prix Minotaure d’Andreï Zviaguintsev qui est, dit-on, une adaptation dans la Russie de 2022 (au déclenchement de l’ « opération spéciale en Ukraine », aka la guerre) de La femme infidèle de Claude Chabrol. Il se trouve que le film passe au même moment sur Arte et que c’était l’occasion pour moi de le revoir, probablement 25 ans après le premier visionnage.
Le film semble ne pas vieillir. Il est toujours d’une grande efficacité, malgré un récit assez étonnant où l’on suit d’abord sur les deux premiers tiers le personnage de Michel Bouquet, cocu dès le titre, pour basculer ensuite du côté de Stéphane Audran, selon que le soupçon – dynamique du récit et de nature différente selon le protagoniste – se porte sur l’un ou sur l’autre.
Les comédiens sont fantastiques, la mise en scène élégante.
Enfin, le plan final est probablement l’un des plus beaux travellings compensés de l’histoire du cinéma, fidèle, lui, à l’ambiguïté et au trouble propre au monde de Claude Chabrol.
¿Pero de qué coño habla está película? me suis-je demandé quasiment jusqu’à la fin. De quoi ça parle, bordel ?!
Parce que vraiment c’est mal foutu, mal construit. Almodóvar essaie une nouvelle fois de nous faire une mise en abyme sur le cinéma (comme dans tant d’autres de ses films, et notamment son chef d’œuvre La mala educación), et cette fois-ci ça ne fonctionne pas, mais pas parce qu’il injecte une grosse part d’auto-fiction, comme le titre français et l’allure de Leonardo Sbaraglia en attestent. Il avait déjà fait un pas dans cette direction avec l’assez joli Dolor y gloria.
Non, c’est juste qu’ici il oublie qu’une belle idée finale, donnant une cohérence au tout, ne donne pas a posteriori au film tout le liant qui lui manquait jusqu’ici. Il en connaît pourtant l’importance puisqu’il en parle justement dans la dernière scène !
Le film, pas si long que ça, paraît hélas interminable.
Reste que l’héroïne est sujette aux migraines et aux crises d’angoisse. Could relate.
Pour représenter Samuel Paty, Vincent Garenq a décidé de se contenter du peu qu’on sait de ses dires, de ses actes, de ses peurs lors des derniers jours de sa vie, consignés dans les témoignages de ses proches et collègues. Antoine Reinartz, qui l’incarne très sobrement, s’efface presque du film et trouve une distance idéale, digne, pour interpréter l’enseignant pris dans l’engrenage infernal.
C’est surtout autour que ça s’active. Emmanuelle Bercot est impeccable dans le rôle de la principale du collège devant gérer une crise que personne ne veut prendre au sérieux. Globalement, toute la chaîne « positive » du film fonctionne. Ses quelques collègues qui lui apportent du soutien, les parents d’élèves pas dupes de la gamine accusatrice ; tout ça marche plutôt bien.
Est efficace aussi la mécanique du soupçon porté sur Paty par presque tout le monde (certains élèves, parents et collègues, l’académie etc) qui pointe le piège irrémédiable dans lequel il semble avoir mis le pied, en toute bonne foi, en suivant le programme académique. Il pensait bien faire mais plus il tente de se dépêtrer plus le nœud coulant se serre.
Le film se plante hélas dans la représentation des « méchants » – car comment les désigner autrement tant le film manque de finesse à leur égard ? – qui se fadent de mauvaises répliques et des comédiens moins bons (peut-être aussi que c’est difficile d’être bon avec aussi peu de nuance à jouer…).
Ce qui est passionnant, c’est que j’ai retrouvé dans le film l’enchaînement des événements lus précédemment dans les comptes-rendus des procès de l’affaire. Et que dans le fond, les personnages du film ne sont probablement pas très éloignés des personnalités dont elles sont adaptées. Dans la vie, on en croise en permanence des gens qui manquent de nuance et de profondeur. Mais au cinéma ça ne passe pas. C’est probablement même là qu’on voit que Vincent Garenq ne cherche pas ici vraiment à faire du cinéma mais à faire un déroulé fidèle à l’affaire, sinon il aurait mieux écrit ses personnages.
Il aurait aussi mieux écrit son scénario : ce devrait être interdit de faire passer en 30 secondes toutes les informations qui manquent dans des dialogues entre des personnages jusqu’ici inexistants, comme il le fait à la fin de son film avec des agents de la DGSI.
On retrouve la même indécision dans la mise en scène, qui hésite à plusieurs moments entre une esthétique plutôt simple et naturaliste et celle pachydermique des reconstitutions d’affaires célèbres à la Faites entrer l’accusé. En cela, les quelques plans sur le futur tueur de Paty sont assez consternants, tout comme un faux flashback du mensonge de la jeune Bashira à l’éclairage quasi expressionniste, ou encore des plans aux couleurs Netflix (bleu / jaune orangé) sur les salles de classe et les couloirs du collège à la fin du film.
Mais bien que pas exempt de gros défauts, le film a le mérite de s’attaquer assez rapidement à son sujet, ce que le cinéma français ne sait généralement pas faire. Et malgré ses maladresses, il réussit toutefois un portrait touchant – bien qu’en creux – du professeur, et des chaînes de lâchetés qui ont mené à son horrible assassinat.
Ce n’est pas un grand film, ce n’est pas à la hauteur des meilleurs Nakache et Toledano (à mes yeux Intouchables et Le sens de la fête) mais c’est comme d’habitude extrêmement bien fait, dans une joie communicative, avec des comédiens qui s’éclatent. Le gamin, interprété par Simon Boublil, est très bon, mais c’est surtout Louis Garrel qui prouve encore une fois l’excellent acteur qu’il sait être en toutes circonstances (de Louis XIII aux films de Christophe Honoré, en passant par ses propres films).
Du bon cinéma populaire, qui fonctionne commercialement qui plus est. Ça ne me déplaît pas.
S’il y a bien un poncif dans les taglines d’affiches de cinéma, c’est bien « Be careful what you wish for » : « Craignez ce que vous désirez ». Curry Barker décide d’en retirer la substantifique moelle pour faire d’Obsession une excellente série B, où un jeune homme peu dégourdi en séduction fait le vœu que sa jolie collègue l’aime plus que tout au monde.
Evidemment ça ne se déroule pas comme prévu et l’amour que lui porte la jeune femme se révèle d’abord excessif et inquiétant, puis clairement terrifiant.
J’ai aimé que le film soit aussi modeste, dans une grande économie de lieux et de personnages (seulement 4), sans que ça ne paraisse cheap à aucun moment. C’est une histoire intime, ça ne demande pas plus.
Le dilemme moral posé aurait probablement pu être plus développé qu’il ne l’est dans le film. Le risque étant toujours de perdre la sympathie que l’on porte au personnage principal dans ce genre de cas.
Ceci dit, le film n’élude pas la question et trouble sacrément le spectateur lors d’un raccord d’une grande violence au premier tiers (on voit le héros baiser sa copine et se pose inévitablement la question du consentement de celle-ci) puis d’une courte scène vers la fin (où sa copine arrive, pendant le sommeil de l' »entité » qui la possède, à demander au héros de la tuer, et que celui-ci s’éloigne sans lui répondre ; on doit deviner ce qu’il rumine, et on sait que ce n’est pas joli).
Si le film est parfois trop bruyant, j’ai apprécié qu’il use avec parcimonie d’effets de mise en scène rébarbatifs dans le cinéma d’horreur (notamment les jump scare ; le seul du film étant tellement annoncé que le réalisateur semble le désamorcer).
Il sait par contre à plusieurs être très élégant, avec l’utilisation d’éclairages très particuliers, notamment sur la silhouette de la copine, y compris en gros plans, et y compris lors de dialogues plus anodins que de simples scènes d’horreur, en ne débouchant que quelques points lumineux dans les yeux ou sur les dents, dans des plans à la fois très beaux et très étranges.
Enfin, la réussite du film tient énormément au talent de son actrice Inde Navarrette, vraiment excellente dans sa capacité à switcher d’un état à l’autre. Son partenaire est lui plus limité, sans grandes conséquences.
The drama, porté par deux très bons comédiens (Robert Pattinson et Zendaya), et produit par A24, la boîte cool qui semble s’être substituée à elle toute seule aux « films du milieu » hollywoodiens, est basé sur un pitch fort : un couple de new-yorkais remet tout en questions à quelques jours du mariage après que la jeune femme a avoué la « pire chose qu’elle ait jamais faite » dans sa vie.
Evidemment, il faut que cette chose-là soit à la hauteur et c’est là que le bât blesse. Le rapport à la question est tellement propre à des différences culturelles massives entre les Etats-Unis et le reste du monde que j’ai vraiment du mal à évaluer la possibilité même qu’une telle situation puisse vraiment choquer dans la vraie vie.
Et si on n’est pas (du tout) choqué par ce que révèle le personnage de Zendaya, alors tout le reste du scénario se dégonfle comme un ballon de baudruche, comme tout film à concept pas très bien ficelé, jusqu’à un final vraiment très gênant pour le coup.
C’est dommage parce que la forme du film n’est pas inintéressante, tout le reste étant plutôt bien foutu.
Dès le début de The sweet East j’ai eu l’impression de revoir de manière quasi parodique des scènes du pénible American honey (2016) de la britannique Andrea Arnold vu plus tôt dans l’année, impression décuplée par le discours tenu par l’un des personnages qui critique l’attitude condescendante des européens vis à vis d’une Amérique encore trop jeune, immature, inculte.
Le pitch de ce film-ci est finalement assez proche, avec cette lycéenne qui va se laisser happer par un périple halluciné à travers l’Est américain, de rencontre en rencontre, avec des personnages (trumpistes ? en tout cas de l’ère post-vérité) toujours plus cinglés que les précédents, telle une Alice des temps modernes.
La réalisation oscille en permanence entre le naturalisme d’un certain ciné indépendant américain (on pense à Sean Baker) et une extravagance à la Gregg Araki (gore, goût de l’absurde et du pas de côté).
Dans un sens je suis content de voir que le film existe, prouvant que le ciné indé US n’est pas totalement mort, mais je n’ai rien vu dedans de vraiment nouveau ni enthousiasmant.
Dire de ce film que c’est de la SF de série B, c’est presque un euphémisme, tant on est proche du téléfilm et à la limite du théâtre filmé. Il n’y a pas une seule idée de mise en scène, et le manque flagrant d’argent se lit à chaque plan dans les éclairages foireux et le casting de comédiens de seconde zone.
Seulement voilà, le scénario reste excellent et avec une idée toute simple arrive à nous tenir tout le film en haleine, amusé et à l’affût d’une erreur conceptuelle qui n’arrivera pas.
Ça fonctionne merveilleusement bien parce que c’est tout simplement un film sur la foi de l’Homme dans les histoires qu’il se raconte depuis la nuit des temps. Lorsqu’on est cinéphile, on ne peut que trouver ça très beau.
J’ai envie de croire en ce moment à un ciné indé américain qui survivrait tant bien que mal quelque part, et lorsqu’on me signale quelques films qui sortent des sentiers battus, qui sentent le 16mm et la fauche, je m’y précipite (soit dit en passant, le 16mm doit coûter bien plus cher qu’une caméra numérique de merde, ou un simple iPhone, mais peu importe, il s’agit ici d’esthétique indé).
Une jeune femme vient régler la succession de feu son père, décédé récemment. On comprend vite qu’elle n’était pas proche de lui et avait perdu contact. L’homme arnaqueur de première, laisse des dettes et le brevet d’une invention. Certains croient toujours en son génie, elle en doute, tout en devant faire son deuil.
Le film a ceci de très intéressant d’entretenir un certain flou sur les origines d’images d’archives entrecoupant le récit et permettant de mettre un visage sur le père récemment décédé de l’héroïne, donnant à ces extraits des allures de found footage, généralement propre au film d’horreur.
Ici ce n’est ni le genre ni le sujet, mais ce décalage crée malgré tout un certain malaise, d’autant que le père, dont sa fille semblait se méfier autant que ses amis l’appréciaient, avait l’air gentiment azimuté.
Le dispositif fonctionne bien, de même que la galerie de personnages, dont cette héroïne apathique joliment interprétée par Callie Hernandez, aussi co-scénariste. Par ailleurs, le film est très court (1h12) : on apprécie !
Je n’étais pas un des grands fans de Sorogoyen, auquel je reconnaissais un grand talent mais qui pour moi passait toujours un peu à côté de l’émotion nécessaire à ses drames bien sombres qu’il construisait. Jusqu’à As bestas, pour moi l’un des plus grands films de cette dernière décennie, étrangement sélectionné hors compétition à Cannes cette année-là alors qu’il aurait très bien pu prétendre à la Palme.
Depuis, j’avais pu voir sa série Los años nuevos qui m’avait assez déçu, tant son analyse d’un couple qui se fait et se défait au fil des ans et des épisodes était finalement déjà vue et redondante.
Pour El ser querido, j’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre du coup, et j’ai finalement été emporté par le film, sur des gens « qui ne savent pas se regarder dans les yeux », comme dit joliment à un moment le personnage de Javier Bardem.
Il s’agit d’un drame familial, encore une fois extrêmement tendu et assez sombre, et propice aux épiques scènes de dialogues explosifs qui ont fait la renommée de Sorogoyen. J’ai apprécié qu’il soit capable de complètement changer sa mise en scène de film en film (dans As bestas nous avions droit à des morceaux de bravoure de plans séquence, ici c’est au contraire très découpé) et de scène en scène (les deux séquences de repas, au début du film et plus tard sur un plateau de tournage, n’ont pas du tout droit au même traitement).
L’idée de placer le film dans le contexte d’un tournage de cinéma fonctionne bien, encore plus dans la période post-#metoo de dénonciation des violences, quelles qu’elles soient, dans le milieu.
Les films de Sorogoyen sont noirs mais ils ne sont pas cyniques – ce que je déteste dans tant de films et séries de ces dernières années. Il aime ses personnages malgré leurs failles, surtout pour leurs failles, et ne cherche ni à les juger ni à les humilier comme d’autres moins bons que lui le feraient.
Ça c’est une petite merveille. Ça parle de joueurs de baseball adultes et amateurs qui jouent leur dernier match sur le terrain de leur ville sur lequel on va construire une école. Film choral par excellence, le scénario construit touche par touche les personnages lors de saynètes aux courts dialogues, révélant au fur et à mesure les multiples tensions et conflits mineurs mais intimes de chacun. On pense bien évidemment à Altman.
D’autant qu’à la finesse de l’écriture s’ajoute une mise en scène élégante, avec un grand sens du cadrage et de la lumière.
L’ami qui m’a conseillé le film m’a heureusement (parce que ça nourrit le film que de le savoir) révélé que le réalisateur était aussi chef opérateur, ce qui ajoute aussi une très jolie couche quasi méta au film : celui-ci est divisé en parties correspondant à différentes phases du jour, phases incidemment aussi lumineuses (après-midi, golden hour, nuit), et l’éclairage va devenir une partie intégrante de l’intrigue.
Presque 40 minutes de scènes de meurtres violents, sans précision sur qui sont les tueurs ou qui sont leurs victimes. Seul le carton d’introduction donne une indication quant à la signification du titre et le lieu où nous nous trouvons : « For some of us, « The Troubles » is the elephant in our living room » (« Pour certains d’entre nous, les Troubles (conflit nord-irlandais) sont l’éléphant dans notre salon »).
Le film, disponible sur Youtube, est une réponse épidermique et volontairement polémique à la violence qui émaillait alors le quotidien de l’Irlande du Nord. Le dispositif est cruel, malsain, étrangement hypnotique dans sa grande rigueur cinématographique (extrêmement bien filmé, éclairé, monté). Il interroge la capacité du spectateur – du citoyen – à accepter ce qui se passe sous ses yeux sans ciller.
Il est de notoriété publique que Gus Van Sant avait repris le titre de ce moyen métrage pour sa Palme d’Or de 2003, inspiré du massacre du lycée de Columbine, avec probablement le même questionnement quant à l’usage des armes à feu aux Etats-Unis.
Bait est un joli petit film anglais qui vaut surtout pour son travail de montage. Il est assez inventif sur les questions de dilatation du temps (au risque d’en faire trop parfois) mais aussi sur sa représentation des images mentales.
Ça m’a amusé de voir que l’univers visuel (le noir et blanc) et sonore (doublage et bruitages post-synchronisés) de ce film de bord de mer reprenait le travail du Marin masqué de Sophie Letourneur, son film que je préfère. La comparaison s’arrête là, mais je ne manque jamais une occasion de parler du Marin masqué (voyez ce chef d’œuvre).
Je cherchais de bons films de SF inconnus et IMDB m’a proposé ce film-ci. Très mauvaise pioche, tant sur le concept éculé d’un événement céleste (le passage d’une comète) aux conséquences terrestres que sur l’intrigue : des amis se retrouvant pour un repas découvrent qu’ils existent en de multiples réalités qui vont s’entrechoquer jusqu’à ne plus savoir qui est qui.
C’est déjà vu mille fois en mieux écrit, mieux réalisé, mieux joué ailleurs.
Commençons par ce qui fonctionne : Abkarian est parfait en De Gaulle. Il en a la stature, ne cherche pas à l’imiter à outrance mais trouve quelques trucs de jeu (un tremblement de voix au bon moment) pour coller suffisamment au personnage.
Le film réussit à ne pas faire dans l’hagiographie : pendant les trois-quarts du film, De Gaulle est montré comme un homme particulièrement seul, parfois frisant le ridicule, jusqu’à ce que l’Histoire croie en lui.
L’autre bonne idée du film il me semble est de lier son parcours à celui d’un jeune d’abord inconnu, lycéen, patriote, rejetant Pétain, Vichy et tous ceux qui cèdent aux Nazis. Il représente bien évidemment toute cette France étouffée par l’humiliation de la défaite, cette mythique France résistante.
Sauf que c’est plus compliqué que ça. Il se trouve que le jeune homme n’est pas juste un quidam. On finit par comprendre que c’est Fernand Bonnier de La Chapelle, qui abattra l’Amiral Darlan, et qu’il n’était peut-être pas mû par des sentiments gaullistes comme le film veut nous le faire croire. Bien que réhabilité par De Gaulle, le jeune homme était possiblement royaliste (les historiens se déchirent à ce sujet) et aurait espéré une restauration de la monarchie en France, ce dont le film ne pipe mot.
Ce n’est pas le seul silence gênant du film. L’autre étant la quasi-invisibilisation de l’origine des soldats de la France Libre. A l’image nous ne voyons que des blancs et quelques maghrébins. Koenig a beau citer le Bataillon du Pacifique, on ne les voit pas à l’écran ces visages des colonies qui pourtant ont été plus que décisifs dans la reprise en main du destin de la France. On sait ce qu’il est advenu ensuite lorsqu’il a s’agit de les en remercier (et je doute que la partie 2 du film évoque l’autre 8 Mai 1945, celui de Sétif, Guelma et Khérrata).
Pour ce qui est de sa facture, le film est plutôt décevant dans le spectacle (les batailles de Mers el-Kébir et Bir Hakeim font vraiment pâle figure face à des films de guerre anglo-saxons), un peu plus intéressant lors des confrontations entre De Gaulle et Churchill ou sur les questions politiques et morales (notamment dans les approches différentes du Général et de l’Amiral Darlan quant à l’honneur et à leur rapport à l’autorité et à la France).
Séries
Ayant fait 3 ans de hockey sur glace, et travaillant pour une chaîne diffusant ce sport, il était de mon devoir de vérifier les faits énoncés par Heated Rivalry, que j’ai donc regardée par conscience professionnelle.
C’est évidemment faux. C’était juste annoncé comme la série queer du moment, diffusée sur HBO, donc pleine de cul et de mecs mignons, et on peut dire que la rumeur ne mentait pas. Ça baise en permanence, les gars sont superbes, bref c’est une série doudou pour la communauté les soirs d’hiver.
C’est évidemment pas très fin, mais je me dis que si j’avais pu voir ce genre de séries quand j’étais adolescent, j’aurais probablement pu plus facilement projeter une vie amoureuse. De l’importance des représentations des minorités.
La limite de l’exercice d’une liste des choses qu’on voit et de mini critiques se révèle lorsqu’on n’aime pas ce qui est considéré comme un monument après avoir défendu une croûte (comme je viens de le faire avec Heated rivalry). Evidemment que tout n’est pas à mettre sur le même plan et que si je me suis coltiné les 6 saisons de Better call Saul, c’est parce qu’on m’en disait le plus grand bien, et parce qu’elle est régulièrement classée parmi les meilleures séries jamais faites.
Or c’était déjà le cas de Breaking bad, série dont Better call Saul est le spin off, et je n’avais pas particulièrement aimé cette série, même si je devais reconnaître que la dernière saison et demie était brillante. Mais déjà à l’époque je reprochais une écriture lourdaude et une capacité très énervante à étirer au maximum les intrigues.
Malgré cette idée assez géniale de faire de Saul Goodman, ce personnage secondaire de la série originelle, le héros de celle-ci, Better call Saul fait pareil qu’elle en moins bien encore. Les arches narratives sont interminables, les rebondissements épuisants et pas du tout aussi passionnants que ce qu’ils pensent être.
Enfin, la série pâtit d’une écriture bien moins précise que Breaking bad et met du temps à savoir ce qu’elle veut faire de ses meilleurs personnages. On sent notamment le potentiel gigantesque du personnage de Kim qui n’arrive hélas pas à la hauteur de celui de Skyler dans Breaking Bad à cause d’un parcours erratique et finalement pas assez cruel.
Bref, j’ai insisté, persuadé que comme pour son aînée la série vaudrait pour ses derniers épisodes, mais je crois qu’il n’y en a pas un seul qui m’ait sorti de mon ennui global.
C’est vraiment la série que j’adore détester. Tous les personnages de The Pitt sont insupportables et globalement mal joués depuis le premier épisode de la saison 1 (même si dans la saison 2 ils se sont débarrassé de la pire), et on les suit pendant 15 épisodes par saison, sur une garde entière d’un hôpital public de Pittsburg.
Il y a à peu près toutes les pires idées des séries d’hôpitaux dont je suis friand depuis Urgences, qui reste le sommet du genre, et dont celle-ci se veut l’héritière (il se dit même qu’il s’agissait à la base d’un reboot qui ne dit pas son nom, d’où la présence de Noah Wyle au casting). Mais ici presque rien ne va : le rythme aléatoire, la mise en scène pas du tout aussi fluide voire aérienne que ER, la lourdeur des propos tenus et surtout les incompréhensibles drames intérieurs que vivent nos héros.
Seule surnage dans tout ça la représentation de la menace de l’ICE sur les populations immigrées aux Etats-Unis qui font tourner bien des hôpitaux.
Richard Gadd, qui avait créé pour Netflix l’excellente mini-série Baby reindeer (Mon petit renne), revient cette année sur HBO avec Half man. Ça m’attriste de dire que tout ce que j’avais adoré dans l’opus précédent (un sens aigu du drame, une capacité à créer de l’empathie pour des losers et des tarés) est précisément ce qui manque ici. Durant deux épisodes on suit principalement les personnages adolescents ; ces parties là fonctionnent. Mais tous les personnages adultes sont horriblement bêtes et méchants, tournant en boucle dans leurs problématiques rabâchées d’épisode en épisode. Ça hurle, ça ouin-ouine, c’est honnêtement assez insupportable.
Pourquoi ai-je regardé jusqu’au bout ? Probablement parce qu’au moment où je me suis rendu compte que c’était très mauvais il me restait finalement que peu d’épisodes et je suis demandé si ça pouvait vraiment garder ce ton jusqu’au bout. La réponse est hélas : oui.
Eh bien, ç’a été chaotique comme troisième et ultime saison. Nos personnages sont enfin sortis du lycée (heureusement, les acteurs doivent avoir 30 ans désormais) et nous sommes censés trouver logique leur évolution. On plonge dans toujours plus de glauque, d’extrême, de choquant, de cringe ; bref on nous en donne pour notre argent, puisque nous sommes là pour ça non ? Voir ces belles créatures finir mal.
Seulement tout semble mal emboîté. Il n’y a plus vraiment de liant en dehors de la violence globale et l’on semble assister à un enchaînement de scènes tarantinesques plus ou moins réussies, pas désagréables à regarder, mais avec un désintérêt croissant. Parce que les personnages ont du mal à continuer à vraiment exister dans tout ce foutoir. D’ailleurs certains vont disparaître et ça sera à peine troublant : un comble pour une série où nous les avons connus adolescents.
La vraie trahison de la saison 3 vient probablement du développement du personnage de Rue, jouée par Zendaya, un peu plus au centre que les autres depuis le début. C’est son addiction qui sous-tendait toute l’intrigue. C’était son parcours qui émouvait particulièrement. Je peux comprendre que Levinson ait voulu lui offrir autre chose à vivre – je ne sais pas si on peut parler de répit – mais ce faisant il en a détourné la série entière vers un western baroque à 10000 lieues de ce que ça racontait jusque là. J’imagine qu’on peut y voir, quand on accroche, une audacieuse ouverture à quelque chose de plus grand. Je pense personnellement qu’il s’y est perdu. Je n’ai eu que faire du sort des nouveaux personnages qu’il nous a présentés, pas qu’ils soient inintéressants : ce n’était juste pas la série que je regardais.
Les rares fois par contre où il resserrait son récit sur les conflits intimes de ses personnages (d’ailleurs les débuts d’épisodes sont les meilleures scènes de la saison), en particulier sur les questions d’addictions, l’émotion revenait d’un coup, parce qu’il sait dans ces moments-là être extrêmement juste et touchant.
Livres
Nicolas est un ami de longue date, et je suis un de ses relecteurs officiels depuis le début 😎
Aurore est son cinquième roman et je suis admiratif de son évolution constante, avec une efficacité qui va crescendo sans pour autant sacrifier – au contraire – ni son écriture ni son amour des personnages. Et puis il fait toujours vivre ceux-ci dans des contextes sociaux documentés (ici encore le milieu rural jurassien vu par une vétérinaire sous l’eau) qui manquent si souvent aux romans et aux films qui semblent n’en avoir cure, alors que Nicolas prouve à quel point ça nourrit son récit. Après c’est noir, très noir, pour la cinquième fois… Alors qu’il est si gentil !
C’est le deuxième roman de Wilson que je lis, après Les Chronolithes (2001), très beau livre de science-fiction qui racontait l’effondrement du monde lorsque apparaissaient en Asie du Sud-Est des monuments à la gloire de batailles gagnées… deux décennies plus tard par un dirigeant pour le moment inconnu.
Dans Spin (Prix Hugo 2006, l’un des plus gros prix de littérature SF), il imagine qu’une entité supérieure inconnue emballe le monde dans une membrane la protégeant d’un univers qui va désormais vieillir de manière exponentielle, menaçant la planète à terme de destruction par un Soleil sur le point de se transformer en Géante rouge.
Ce que j’aime dans les récits de Wilson ce sont d’abord ses concepts forts et dont il semble vraiment tirer le maximum niveau intrigue. Mais aussi le fait qu’il reste à un niveau assez intimiste, en se concentrant sur des personnages qui observent la société qui s’effondre autour d’eux, tout en restant dans leurs thématiques personnelles.
Néanmoins, dans Spin, il semble ne pas totalement assumer l’une des deux intrigues sentimentales (l’une amicale, l’autre amoureuse), et le livre ne décolle pas autant qu’il devrait. Ça m’a laissé sur ma faim, contrairement aux Chronolithes qui m’a vraiment enthousiasmé.
C’est l’une des nombreuses biographies écrites par Zweig (j’avais déjà lu celle, grandiose, de Magellan) et j’avoue que je ne l’ai lue que parce qu’on me l’a prêtée et vivement conseillée. Je ne connaissais Fouché que de nom, sans vraiment le situer dans l’histoire de France, ce n’est donc pas sur lui que je me serais naturellement porté.
Mais il faut dire que sa vie est proprement hallucinante. D’abord prêtre, il se défroque à la Révolution, se fait élire député, devient un terroriste (partisan de la Terreur), pratique le massacre de masse à Lyon, participe à la chute de Robespierre, sent le vent tourner, ressort ruiné de la Révolution mais se refait sous Napoléon dont il devient l’un des rouages les plus importants aux côtés de son adversaire Talleyrand, se construit l’une des plus grandes fortunes de France puis rétablit les Bourbons sur le trône, lui l’ancien régicide.
On peut facilement imaginer qu’un JRR Martin, qui s’est déjà inspiré des Rois Maudits pour écrire son Trône de Fer, ait pu se servir d’une telle biographie pour des personnages d’intrigants comme Littlefinger ou Lord Varys, qui paraissent bien vertueux en comparaison de Fouché.
De Christopher Priest, je ne connaissais que l’adaptation de son roman Le prestige par Christopher Nolan en 2006, contant la rivalité au XIXème siècle entre deux prestidigitateurs jusqu’au-boutistes. Mais il faut reconnaître que je peux voir dans La séparation ce qui avait probablement pu plaire à Nolan à l’époque dans l’écriture de Priest, tant on retrouve dans l’histoire de ce livre et surtout sa structure tout ce qui a pu faire la spécificité de ce réalisateur depuis : questionnements sur le déroulement du temps, sur la causalité, le principe même de réalité et comment exprimer ces problématiques là par la forme du récit.
Nolan traduit ces thèmes là par des élaborations scénaristiques volontairement complexes et des montages souvent alternés qui peuvent parfois perdre le spectateur, probablement dans le but de le flatter un peu lorsqu’il finit par saisir ce qu’il s’est passé globalement.
Priest fait un peu pareil avec une construction ici aussi sciemment opaque, en alternant de nombreuses de sources d’époques différentes, avec notamment deux héros jumeaux aux noms et initiales identiques, et des témoignages concordants parfois et divergeant souvent, y compris de faits historiques que le lecteur connaît. Le livre n’hésite pas à entrer en contradiction avec lui-même, suggérant à la fois des problèmes mentaux de ses personnages traumatisés que des glitch dans le déroulement des événements : des embranchements que les wagons de l’Histoire ont pu prendre plutôt que ceux qu’on a retenus, faisant entrer le roman historique dans l’uchronie et la science-fiction.
Au delà de ces questions formelles, le livre est très réussi pour ses descriptions de périodes aussi passionnantes que les Jeux Olympiques de Berlin en 1933 auxquels participent les deux héros, que le Blitz subi par le Royaume-Uni et – c’est moins commun – la description des représailles de la RAF sur les villes allemandes.
Les deux personnalités opposées des jumeaux et leur regard sur la guerre (l’un est pilote de bombardier, l’autre objecteur de conscience) soulèvent aussi des questions assez passionnantes dans une très belle langue.
C’est un excellent roman.
Il est des projets évidemment adorables et Réparer les vivants est de ceux-là. Il décrit la chaîne du génie humain qui, de maillon en maillon, va permettre de transformer la tragédie de la mort d’un jeune homme en miracle, en chant héroïque.
L’humanité, dans deux mouvements contraires, a réussi à la fois à empêcher que l’arrêt d’un cœur équivaille à la mort d’un homme – permettant sa réanimation – mais aussi parfois à entretenir ses battements dans un corps pourtant déjà dépouille – permettant la transplantation d’organes.
En suivant toutes les personnes engagées dans la prise de décisions ayant cours lors d’une transplantation (des proches à convaincre jusqu’aux chirurgiens, en passant par les infirmières ou les coordinateurs) au parcours forcément balisé, de Kerangal fait à la fois preuve de pédagogie sur l’équilibre nécessaire à trouver entre extrême efficacité et affect dans des moments aussi graves, tout en offrant un angle de vue intime sur ses personnages qui existent aussi hors du cadre médical.
Le livre est court, les phrases sont longues – très longues – avec un vocabulaire assez divers (du champ lexical médical au phrasé adolescent). C’est surtout l’intégration des dialogues dans le corps du texte que j’ai apprécié ; ils se fondent intégralement dans le reste, sans retour à la ligne, ni tiret, ni guillemets. Ça participe de l’impression de flux ininterrompu de pensées qui s’enchaînent là aussi de personnage en personnage, sans complexifier pour autant la lecture.
Evidemment, avec un tel style d’écriture, il est assez facile de trouver des tics parfois agaçants, et ce même flux de longues phrases peut fatiguer lorsque le contenu s’avère de temps en temps moins pertinent.
Mais le livre est vraiment une grande réussite. J’en avais vu l’assez bonne adaptation par Katell Quillévéré en 2016 mais justement, ce qui frappe, c’est l’évidente supériorité du livre sur le film qui, bien que très fidèle, a dû se départir d’une grande partie des moments de vie en dehors de l’hôpital des divers personnages pour recentrer l’intrigue sur la transplantation.
Le long-métrage – mais plus probablement le livre lui-même par sa structure – avait lancé il me semble une sorte de mini mode du film choral du care au sens large, avec notamment les fictions de Jeanne Herry Pupille (2018 – sur le parcours de l’adoption) et Je verrai toujours vos visages (2023 – sur la justice restaurative).
Jeux vidéos
C’est dur de trouver de bons jeux puzzles ou à énigmes. Ça peut être trop simple, ou au contraire trop dur et lassant, parfois intraduisible et dur à comprendre, avec trop de lecture ou avec des mécaniques un peu trop complexes.
L’équilibre est très dur à trouver. Je trouvais par exemple Baba is you absolument brillant mais je suis trop teubé pour trouver la plupart des solutions. Chants of Sennaar, lui, était relativement plus simple et son approche linguistique m’amusait beaucoup, mais les développeurs ont fait le choix de parasiter le jeu avec des labyrinthes fatigants qui m’ont fait abandonner peu de temps avant la fin probable.
Return of the Obra Dinn par contre m’avait absolument ravi, tant par l’originalité de son univers et de sa mise en œuvre, que par son histoire et ses énigmes. Je cherchais depuis un jeu qui lui arriverait à la cheville.
Blue Prince est une sorte de roguelike, où l’on repart a priori à zéro à chaque nouvelle journée, mais avec de nouvelles connaissances et avantages. Le jeu a su trouver de quoi éveiller mon intérêt, le garder à l’affût pendant relativement longtemps, me distraire avec certains rebondissements amusants, le tout dans une ambiance assez étrange, parfois inquiétante (on déambule dans des espaces liminaux par nature oppressants).
Les énigmes à résoudre sont pour la plupart pas trop compliquées, mais je dois bien avouer que j’ai fini par regarder des astuces quand j’ai commencé à saturer pour certaines d’entre elles à côté desquelles je passais clairement, sans trop savoir où j’ai manqué les infos.
Je ne suis par contre pas particulièrement fan de l’esthétique du jeu (bien que la musique soit, elle, assez réussie) et la déambulation dans la maison a pu avoir tendance à me donner la gerbe, comme souvent les jeux à la première personne et en léger grand angle. Mais ça fait du bien parfois de jouer à des jeux à concept simple, bien construits, avec un rapport au temps de jeu différent des grosses productions auxquelles on est habitués.
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