Vus et lus en 2026
Films
Aussitôt vu aussitôt oublié. Le précédent, qui n’était pas bien meilleur, avait au moins une scène brillante (l’accident de train à la limite d’un Final destination) qui lui permettait de se faire une petite place dans ma mémoire.
Le documentaire est plutôt sympatoche avec cet objectif louable de mettre en lumière des vies prolétaires en parasitant l’aura médiatique d’une figure de la télévision bolloréenne. Il se termine en une queue de poisson là aussi salutaire pour des questions de morale (au bon sens du terme) en lien avec la guerre à Gaza, au détriment de la qualité formelle. Pas très grave.
Jusqu’ici plutôt friand des documentaires de Sébastien Lifshitz, j’ai trouvé celui-ci assez peu inspiré. Le personnage que l’on suit a beau avoir eu un parcours étonnant (anciennement un jeune homme gay devenu acteur porno hétéro dans les années 70), ça n’en fait pas pour autant un bon catalyseur de l’énergie d’une époque révolue.
Le film est disponible un temps sur Arte.fr et Youtube.
Quand je ne vais pas bien, je revois Melancholia. Notamment pour l’idée nihiliste défendue par Justine (jouée par Kirsten Dunst), dont le personnage omniscient décrit un univers vide, sans vie, rendant celle sur Terre – et donc sa destruction – totalement vaine. Ça m’apaise.
Dreams est un film à thèse par excellence, dont on devine la fin dès le début pour peu qu’on connaisse le cinéma un peu lourdaud de Michel Franco. Le premier film que j’ai vu de lui, Después de Lucía (2012), reste à mes yeux son meilleur.
Très joliment désigné « film de Laurent Cantet réalisé par Robin Campillo », en raison du décès du premier, Enzo donne hélas l’impression d’un court-métrage étiré en long. Pas mauvais, mais est-ce que ça valait vraiment le coup ?
Un survival, ni vraiment horrifique, ni vraiment drôle, reprenant étonnamment le pitch et le twist de la Palme d’Or Triangle of Sadness, sans plus de réussite.
Un joli film indé pour deux raisons, rares selon moi : déjà parce qu’il raconte les violences sexuelles non pas par le prisme d’un combat à mener mais comme ce que vivent beaucoup de victimes : un parcours de survie. Il n’y a pas d’héroïsme, pas d’action en justice, pas de courage particulier.
Ensuite parce que c’est aussi un film sur l’amitié et son importance primordiale dans nos vies quand elles vacillent. Ce qui est très rarement filmé, ou même écrit.
Les Oscars ne valent plus grand chose depuis très longtemps maintenant, sauf peut-être encore un peu pour sa compétition de documentaires, qui sélectionne des films plus ambitieux que le reste des catégories complètement indigentes. No other land a reçu cet Oscar du meilleur documentaire en 2025, dans un pays où il n’a pas été distribué ; mise en lumière bienvenue pour un sujet au combien important : la colonisation intensive de la Cisjordanie par Israël. Le film suit particulièrement un jeune palestinien ayant grandi dans une famille de militants défendant leur droit à rester dans une région occupée par Tsahal, qui devient ami avec un jeune israélien qui prend fait et cause pour eux. Mais leur amitié est asymétrique, le premier étant privé de tous les droits et libertés quand l’autre peut passer les checkpoints pour rentrer dormir confortablement chez lui le soir, à quelques kilomètres de là.
Le film est important pour la mise en images – éprouvantes – de la colonisation, de la mise sous pression continue et allant crescendo des populations palestiniennes par Israël, de l’ignominie des méthodes employées par Tsahal, ainsi que dans le timing de sa sortie, en plein guerre à Gaza et son invisibilisation de ce qu’il se passe depuis des décennies en Cisjordanie.
Ceci dit, je suis plus circonspect sur la valeur intrinsèque du documentaire qui manque à mes yeux d’un peu de rigueur et, si je peux me permettre, d’émotion (notamment sur la prétendue relation amicale entre les deux protagonistes principaux), tant tout semble cadré par la motivation militante.
Il y a quelques mois sortait Put your soul on your hand and walk (2025) de l’Iranienne Sepideh Farsi qui filmait littéralement son smartphone pour enregistrer les conversations qu’elle partageait avec une jeune femme photographe palestinienne, Fatma Hassona, prisonnière du siège de Gaza. Les échanges entre les deux femmes, l’étrangeté du dispositif, son absurdité, soulignaient dans la forme même la condition des gazaouis, et la naissance d’une amitié empêchée. C’était autrement plus fort, sur des thématiques cousines.
Impossible de ne pas préciser ici que Fatma Hassona a été assassinée, spécifiquement visée par un tir de missile israélien au lendemain de l’annonce de la sélection du film à Cannes, la tuant elle ainsi qu’une dizaine de ses proches.
Je ne suis pas particulièrement friand de cinéma d’animation, mais Flow avait une telle réputation que je me suis forcé à le voir. Et puis ça a un peu été la douche froide. Déjà je trouve le film assez moche. Bon, c’est n’est pas très grave. Mais en plus de ça j’ai l’impression de voir une sorte de version non jouable d’un jeu vidéo indé comme il en sort à la pelle – qui ont d’ailleurs assez régulièrement du succès – comme Gris ou Journey ou d’autres productions muettes, avec une bande son planante, des personnages mignons, un monde corrompu par une force destructrice et des énigmes pas trop compliquées à résoudre. Autant ça peut être fun à jouer, autant en spectateur impotent c’est trop pour moi.
J’avais raté Le rire et le couteau au cinéma, il faut dire rebuté par sa durée (3h31 dans sa version courte !). Et puis j’en ai entendu dire tellement de bien que FOMO, j’ai craqué, et je l’ai lancé chez moi, néanmoins persuadé que jamais je ne tiendrai devant un petit écran. Et puis la magie opère, on tombe sous le charme et jamais on ne s’ennuie. Le réalisateur s’attaque au néo-colonialisme dégoulinant sur la Guinée-Bissau, inondée de projets d’associations et d’expats européens, bien peu intéressés par les besoins réels des habitants. Le héros, bisexuel, découvre en parallèle une petite communauté LGBT locale et enchaîne les faux-pas malgré une volonté – évidemment – bienveillante (à claquer).
L’un des meilleurs films que j’ai vus depuis longtemps.
J’ai parlé dans ma playlist de la chanson Sea song de Robert Wyatt. Celle-ci est le premier titre de l’album Rock bottom du chanteur britannique dont la réalisatrice de ce dessin animé espagnol María Trénor met en image une genèse volontiers mensongère, piochant des éléments biographiques de Wyatt pour les modeler à sa sauce, comme ça l’arrange. C’est assez amusant au début, bien que déstabilisant, mais rapidement je me suis ennuyé tant le psychédélisme, le surréalisme, le dadaïsme sont des esthétiques qui ne me touchent pas. Ses choix sont presque trop évidents pour aborder cet album, c’est finalement assez attendu. Reste malgré tout la bonne idée d’un découpage et un montage très cuts assez étonnants pour un film d’animation.
Un série B de facture honnête, avec deux acteurs (Brian Cox et Emile Hirsch) bons et convaincants dans ce quasi huis-clos. Ce tandem fonctionne étonnamment avec un troisième personnage, pourtant inerte : le cadavre qu’ils autopsient, auquel on revient systématiquement. Le dispositif, qui tient la moitié du film, pourrait lasser, mais la jeune femme est censée avoir subi tellement de sévices qu’on perçoit dans la mise en scène beaucoup de compassion envers elle ; ou peut-être est-ce tout simplement notre projection sur ces plans là qui créent par eux-mêmes cette émotion ? J’ai trouvé ça assez beau.
J’avais bien aimé Oddity, le précédent film d’horreur de l’Irlandais Damian McCarthy. Ce n’était pas parfait, c’était foutraque, mais ça m’avait foutu la frousse, ce qu’on demande prioritairement à ce type de films.
Hokum commence mal avec un personnage principal extrêmement antipathique (jusqu’au bout du film), joué par Adam Scott que je n’aime pas beaucoup. S’ajoutent à ça des dialogues par moment vraiment mauvais et un recours à des techniques d’horreur franchement déplaisantes (des jump scare à la pelle et des effets déjà vus franchement fatigants, du style reflets dans la télé etc). Surtout, le film ne sait pas ce qu’il raconte : le héros a un trauma à digérer, mais celui-ci n’a aucun rapport avec ce qu’il vit dans cet hôtel et la résolution du film n’a finalement que peu à voir avec le schmilblick.
Quand je vois un film comme ça, je me demande souvent ce qui pousse tous ceux qui bossent dessus à aller au bout de l’entreprise. C’est pas foncièrement catastrophique – c’est loin d’être le pire film de l’année – mais ça n’a tout simplement aucun intérêt et on le sent tout de suite : à quoi bon passer deux ans dessus ? Pour le spectateur, 1h41.
Si Un poète a une qualité qui saute aux yeux, c’est celle de réussir à camper des personnages en quelques plans et quelques répliques. Le début du film donne de ce fait une impression de démarrer sur les chapeaux de roues. L’efficacité de l’écriture et le montage énergique m’ont enthousiasmé pendant une bonne grosse moitié, même si je me suis mis à craindre une sorte de Will hunting colombien quand j’ai compris que notre anti-héros poète alcoolique allait tenter de se racheter en aidant à s’épanouir une jeune fille pauvre et douée.
Le film évite cet écueil misérabiliste là mais fonce ensuite hélas dans une vision très cynique du monde, qui n’affleurait pourtant pas précédemment. Tout à coup la plupart des personnages secondaires devient assez détestable : les collègues sont lâches, les étudiants ridiculement woke, et la famille de la gamine est friande de drama, manipulable et corruptible.
Prix du jury Un certain regard à Cannes 2025, le film vaut quand même le coup d’œil, notamment pour son interprète principal non professionnel Ubeimar Rios.
Séries
Ayant fait 3 ans de hockey sur glace, et travaillant pour une chaîne diffusant ce sport, il était de mon devoir de vérifier les faits énoncés par Heated Rivalry, que j’ai donc regardée par conscience professionnelle.
C’est évidemment faux. C’était juste annoncé comme la série queer du moment, diffusée sur HBO, donc pleine de cul et de mecs mignons, et on peut dire que la rumeur ne mentait pas. Ça baise en permanence, les gars sont superbes, bref c’est une série doudou pour la communauté les soirs d’hiver.
C’est évidemment pas très fin, mais je me dis que si j’avais pu voir ce genre de séries quand j’étais adolescent, j’aurais probablement pu plus facilement projeter une vie amoureuse. De l’importance des représentations des minorités.
La limite de l’exercice d’une liste des choses qu’on voit et de mini critiques se révèle lorsqu’on n’aime pas ce qui est considéré comme un monument après avoir défendu une croûte (comme je viens de le faire avec Heated rivalry). Evidemment que tout n’est pas à mettre sur le même plan et que si je me suis coltiné les 6 saisons de Better call Saul, c’est parce qu’on m’en disait le plus grand bien, et parce qu’elle est régulièrement classée parmi les meilleures séries jamais faites.
Or c’était déjà le cas de Breaking bad, série dont Better call Saul est le spin off, et je n’avais pas particulièrement aimé cette série, même si je devais reconnaître que la dernière saison et demie était brillante. Mais déjà à l’époque je reprochais une écriture lourdaude et une capacité très énervante à étirer au maximum les intrigues.
Malgré cette idée assez géniale de faire de Saul Goodman, ce personnage secondaire de la série originelle, le héros de celle-ci, Better call Saul fait pareil qu’elle en moins bien encore. Les arches narratives sont interminables, les rebondissements épuisants et pas du tout aussi passionnants que ce qu’ils pensent être.
Enfin, la série pâtit d’une écriture bien moins précise que Breaking bad et met du temps à savoir ce qu’elle veut faire de ses meilleurs personnages. On sent notamment le potentiel gigantesque du personnage de Kim qui n’arrive hélas pas à la hauteur de celui de Skyler dans Breaking Bad à cause d’un parcours erratique et finalement pas assez cruel.
Bref, j’ai insisté, persuadé que comme pour son aînée la série vaudrait pour ses derniers épisodes, mais je crois qu’il n’y en a pas un seul qui m’ait sorti de mon ennui global.
C’est vraiment la série que j’adore détester. Tous les personnages de The Pitt sont insupportables et globalement mal joués depuis le premier épisode de la saison 1 (même si dans la saison 2 ils se sont débarrassé de la pire), et on les suit pendant 15 épisodes par saison, sur une garde entière d’un hôpital public de Pittsburg.
Il y a à peu près toutes les pires idées des séries d’hôpitaux dont je suis friand depuis Urgences, qui reste le sommet du genre, et dont celle-ci se veut l’héritière (il se dit même qu’il s’agissait à la base d’un reboot qui ne dit pas son nom, d’où la présence de Noah Wyle au casting). Mais ici presque rien ne va : le rythme aléatoire, la mise en scène pas du tout aussi fluide voire aérienne que ER, la lourdeur des propos tenus et surtout les incompréhensibles drames intérieurs que vivent nos héros.
Seule surnage dans tout ça la représentation de la menace de l’ICE sur les populations immigrées aux Etats-Unis qui font tourner bien des hôpitaux.
Livres
Nicolas est un ami de longue date, et je suis un de ses relecteurs officiels depuis le début 😎
Aurore est son cinquième roman et je suis admiratif de son évolution constante, avec une efficacité qui va crescendo sans pour autant sacrifier – au contraire – ni son écriture ni son amour des personnages. Et puis il fait toujours vivre ceux-ci dans des contextes sociaux documentés (ici encore le milieu rural jurassien vu par une vétérinaire sous l’eau) qui manquent si souvent aux romans et aux films qui semblent n’en avoir cure, alors que Nicolas prouve à quel point ça nourrit son récit. Après c’est noir, très noir, pour la cinquième fois… Alors qu’il est si gentil !
C’est le deuxième roman de Wilson que je lis, après Les Chronolithes (2001), très beau livre de science-fiction qui racontait l’effondrement du monde lorsque apparaissaient en Asie du Sud-Est des monuments à la gloire de batailles gagnées… deux décennies plus tard par un dirigeant pour le moment inconnu.
Dans Spin (Prix Hugo 2006, l’un des plus gros prix de littérature SF), il imagine qu’une entité supérieure inconnue emballe le monde dans une membrane la protégeant d’un univers qui va désormais vieillir de manière exponentielle, menaçant la planète à terme de destruction par un Soleil sur le point de se transformer en Géante rouge.
Ce que j’aime dans les récits de Wilson ce sont d’abord ses concepts forts et dont il semble vraiment tirer le maximum niveau intrigue. Mais aussi le fait qu’il reste à un niveau assez intimiste, en se concentrant sur des personnages qui observent la société qui s’effondre autour d’eux, tout en restant dans leurs thématiques personnelles.
Néanmoins, dans Spin, il semble ne pas totalement assumer l’une des deux intrigues sentimentales (l’une amicale, l’autre amoureuse), et le livre ne décolle pas autant qu’il devrait. Ça m’a laissé sur ma faim, contrairement aux Chronolithes qui m’a vraiment enthousiasmé.
C’est l’une des nombreuses biographies écrites par Zweig (j’avais déjà lu celle, grandiose, de Magellan) et j’avoue que je ne l’ai lue que parce qu’on me l’a prêtée et vivement conseillée. Je ne connaissais Fouché que de nom, sans vraiment le situer dans l’histoire de France, ce n’est donc pas sur lui que je me serais naturellement porté.
Mais il faut dire que sa vie est proprement hallucinante. D’abord prêtre, il se défroque à la Révolution, se fait élire député, devient un terroriste (partisan de la Terreur), pratique le massacre de masse à Lyon, participe à la chute de Robespierre, sent le vent tourner, ressort ruiné de la Révolution mais se refait sous Napoléon dont il devient l’un des rouages les plus importants aux côtés de son adversaire Talleyrand, se construit l’une des plus grandes fortunes de France puis rétablit les Bourbons sur le trône, lui l’ancien régicide.
On peut facilement imaginer qu’un JRR Martin, qui s’est déjà inspiré des Rois Maudits pour écrire son Trône de Fer, ait pu se servir d’une telle biographie pour des personnages d’intrigants comme Littlefinger ou Lord Varys, qui paraissent bien vertueux en comparaison de Fouché.
Aucun commentaire pour le moment.
Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter ou s'inscrire